Instagram quand on tient une boutique : quoi publier sans y passer sa vie

Vous tenez une boutique, vous faites onze heures par jour, et il faudrait en plus alimenter un compte Instagram. Voilà la méthode la plus économe que nous connaissions : ce qu'il faut publier, à quelle fréquence, et tout ce qu'on peut arrêter de faire sans rien perdre.

La plupart des commerçants de Nice que nous croisons ont le même rapport à Instagram : une culpabilité diffuse. Ils savent qu'il faudrait publier, ils ne le font pas, et la mauvaise conscience finit par coûter plus d'énergie que la publication elle-même.

Le problème n'est presque jamais le manque d'idées. C'est qu'on croit devoir produire du contenu, alors qu'il suffit de documenter ce qu'on fait déjà.

La règle des trois photos par service

Voici l'habitude la plus rentable à prendre, et elle coûte trente secondes.

À chaque service, prenez trois photos. Une de ce que vous êtes en train de préparer. Une de quelqu'un qui travaille, même de dos, même juste les mains. Une du lieu, de la vitrine, de l'ardoise, de la file dehors.

Vous ne les publiez pas. Vous les stockez. En trois semaines vous avez une centaine d'images, et publier ne demande plus de réfléchir : vous piochez.

C'est toute la différence entre « il faut que je fasse un post », qui prend une heure et n'arrive jamais, et « j'en choisis une », qui prend deux minutes dans le bus.

Ce qui marche, dans l'ordre

Les visages. De très loin le plus efficace, et le plus négligé. Une boutique qui ne publie que des assiettes ressemble à toutes les boutiques qui ne publient que des assiettes. Vos deux ou trois visages, eux, n'existent nulle part ailleurs. Les gens ne s'attachent pas à un produit, ils s'attachent à quelqu'un.

Le geste en cours. La main qui étale, qui coupe, qui verse. Une préparation en train de se faire retient l'œil bien plus longtemps qu'un plat fini.

Ce qui est vrai aujourd'hui. Ce qui vient d'arriver, ce qui est épuisé, le changement d'horaire, le produit de saison qui démarre. Ce sont des informations, pas de la communication, et c'est exactement pour ça que ça fonctionne.

Les autres. Le producteur qui vous livre, le boulanger d'à côté, le marché où vous vous fournissez. Ça vous ancre dans un quartier et ça vous fait exister auprès de leurs abonnés.

Ce qu'on peut arrêter sans rien perdre

Les citations inspirantes sur fond coloré. Les visuels « bonne semaine à tous ». Les carrousels de dix diapositives pour dire une chose. Les publications pour les jours fériés sans rapport avec votre métier. Les hashtags par paquets de trente.

Tout ça demande du temps et ne ramène personne. Une photo floue de votre four à 7 h du matin fera mieux.

La fréquence : celle que vous tiendrez en août

La question n'est pas « quel rythme est optimal », c'est « quel rythme je tiendrai au pire moment de l'année ».

Deux publications par semaine pendant un an valent infiniment mieux qu'une par jour pendant trois semaines suivies de deux mois de silence. L'irrégularité se lit comme un abandon, par l'algorithme comme par votre clientèle : un compte dont la dernière publication date de six semaines inquiète, on se demande si c'est encore ouvert.

Choisissez donc le rythme de votre mois de juillet, pas celui de votre mois de janvier.

Les stories, pour ce qu'elles sont

Les stories ne servent pas à gagner des abonnés. Elles servent à garder ceux que vous avez, et à faire venir aujourd'hui.

C'est le bon endroit pour ce qui périme : il reste six parts, on ferme à 15 h, la terrasse est au soleil. Le brouillon est acceptable, l'important est que ce soit maintenant.

Le piège du compte trop beau

Un dernier point, contre-intuitif.

Les comptes de commerce les plus efficaces ne sont pas les plus soignés. Un feed trop léché, avec un filtre identique partout et des photos de studio, ressemble à une marque. Or on ne va pas dans une boutique de quartier pour une marque, on y va pour des gens.

Il faut de bonnes photos, oui. Il ne faut pas un catalogue.

Nous photographions et accompagnons des commerçants niçois avec Gusta Nissa Studio, une activité distincte de ce magazine. Si votre compte vous échappe depuis deux saisons, écrivez-nous.

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